Les cagnottes, impôt sur l’amitié

Petit racket entre amis

« Coucou tout le monde ! il ne reste plus qu’une semaine pour participer à la cagnotte de Michael pour qu’il puisse s’offrir l’appareil photo de ses rêves »

Tu ressens une montée de stress à la vue d’un tel message…mendicité amicale des temps modernes…ou une envie irrépressible de quitter le groupe de discussion ou tu ne connais que 3 personnes sur 50. T’en as rien à battre de sa nouvelle passion pour la photo à ce type. tes pensées se bousculent: tu alternes entre « c’est vrai que c’est cool qu’on se mette tous ensemble pour lui faire plaisir » et « t’as un boulot achètes le toi tout seul ton appareil moi j’achète du rhum pour la soirée » Allez…avoue, tu as la la haine, n’ai pas honte…assume, on est nombreux comme toi!

Le cadeau commun financé par une cagnotte est pratique, t’as pas le temps de trouver une idée originale et de te bouger le cul, seul et encore moins à plusieurs dans les magasins bruyants aux vendeurs collants et aux musiques abrutissantes. Alors tu sors la CB avec un mélange de honte et de satisfaction devant ton écran et tu participes, en essayant d’inscrire une somme pas trop élevée mais pas vraiment adaptée à l’amitié que tu porte réellement à cette personne…mais bon, il y aura peut-être du champagne et des meufs à la soirée. Et puis il y a tes 3 potes, pas le choix…

Cette soirée, dans un bar privatisé pour l’occasion, sera le cadre d’un étrange rituel. Tout le monde va se regrouper autour de cet ami(e) très cher(e) qui fera mine de ne pas s’y attendre, portera ses mains à sa poitrine, la bouche ouverte et les yeux écarquillés dans une incompréhension feinte. Le meilleur ami apporte le précieux sésame…le seul…l’unique cadeau de la soirée dont il avait noté la référence 3 semaines auparavant. Tu en es pour 20 Euros. Après avoir divisé symboliquement dans ta tête le cadeau par le nombre de participants et calculé que tu as financé 1/30ème du cadeau commun, tu te rends compte que la copine de copine que tu envisageais est déjà repartie avec ton antithèse. Tu rentres en repensant à cette chanson d’Orelsan : « au fond d’la salle ton ex meuf, sort avec n’importe qui »

Arrivé chez toi, tu fais défiler les réseaux en te disant que tu as dépensé la même chose pour cette vague connaissance que pour certaines personnes de ta famille, dont tu as même peut être oublié l’anniversaire. Et la Bim ! nouveau groupe ! cagnotte…mendicité…racket sur fond d’amitié…babyshower.

Tu te demandes si ta santé mentale va survivre à cette nouvelle agression…après tout, tu peux vivre sans amis. Tu envisages, puis abandonne l’idée…pas la force d’y penser.

Tu passes outre l’anglicisation insupportable de ce machin qui pourrait au moins faire l’effort de se trouver un nom français (par exemple : dernier racket collectif à la mode pour gratter son réseau sur prétexte de nourrisson) car tu vas devoir gérer une nouvelle montée de colère :

« kikou ! en vue de l’arrivée du petit, nous organisons une baby shower à l’appartement. Vous pouvez amener de quoi grignoter et voici une petite liste de choses qui nous seraient bien utiles pour accueillir notre petit Matéo » Oui bon déjà c’est pas « amener » mais « apporter » mais passons…

La liste est classée du plus cher au moins cher, on part de la poussette tout terrain à amortisseur à 300 Boules, et on finit par un lot de couches à 30 Euros. Putain encore 30 balles ?! c’est quoi ça babyshower, il n’y avait pas ça avant ! finalement, l’idée d’offrir des couches à des parents qui n’osent même plus cacher leur radinerie t’amuse un peu, tu clique sur les couches et sors la CB. Il ne te reste plus qu’a taper «eteignezvotreordinateur» dans la barre de recherche…et ca…au moins…c’est gratuit.

 

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